Quatre ans après le coup d’Etat du président Kaïs Saïed, la Tunisie s’enfonce dans une spirale autoritaire inquiétante. Dans son rapport mondial 2025, l’organisation Human Rights Watch (HRW) dresse un tableau sombre de la situation des droits humains dans le pays, dénonçant une répression systématique contre les opposants, les journalistes, les avocats et les militants.
De la démocratie à l’État d’exception
Le 25 juillet 2021, Kaïs Saïed suspendait le Parlement, limogeait le gouvernement et concentrait les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire entre ses mains. Ce tournant, qualifié par de nombreux observateurs de “coup d’État constitutionnel”, a marqué le début d’une régression démocratique sans précédent.
HRW souligne que depuis cette date, “les autorités tunisiennes ont utilisé les lois antiterroristes et les décrets présidentiels pour museler la dissidence et criminaliser l’expression politique”. Les arrestations arbitraires se sont multipliées, souvent sans mandat ni justification légale claire.
Une justice sous contrôle
Le rapport pointe l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire, notamment à travers le limogeage de dizaines de juges en 2022, accusés sans preuve de corruption ou de complicité avec des “réseaux terroristes”. Les procès de figures de l’opposition, comme ceux liés à l’affaire du “complot contre la sûreté de l’État”, sont qualifiés par HRW de “procès politiques” entachés de violations flagrantes du droit à un procès équitable.
Parmi les personnalités condamnées figurent des leaders politiques comme Issam Chebbi, Jawhar Ben Mbarek ou Noureddine Bhiri, ainsi que des avocats et journalistes. Les peines prononcées vont jusqu’à 66 ans de prison.
Libertés en péril
La liberté d’expression est également en net recul. Le décret-loi n°2022-54 sur la cybercriminalité permet de poursuivre toute personne critiquant les autorités en ligne. HRW cite plusieurs cas de journalistes et blogueurs emprisonnés pour des publications jugées “subversives”.
Les rassemblements pacifiques sont régulièrement dispersés, et les ONG locales font face à des restrictions croissantes. Les défenseurs des droits humains sont ciblés, surveillés, voire poursuivis.
Appels à la communauté internationale
HRW appelle les partenaires internationaux de la Tunisie, notamment l’Union européenne, à conditionner leur soutien économique et diplomatique au respect des droits fondamentaux. “Le silence complice de certains États ne fait qu’encourager la dérive autoritaire”, avertit l’organisation.
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