En Tunisie, c’est une disparition discrète, mais lourde de sens. L’Instance nationale d’accès à l’information a définitivement fermé ses portes sans communiqué officiel ni déclaration. Le Syndicat national des journalistes tunisiens a dénoncé la fermeture de cette instance qui permettait à de nombreux citoyens et journalistes de réclamer l’accès à des données ou des rapports publics. Sa fermeture s’inscrit dans le processus de démantèlement de nombreuses institutions créées après la révolution de 2011.
La fermeture de l’Instance de l’Accès à l’Information (INAI) début août 2025 s’est opérée sans communiqué officiel ni débat public. Le siège a été fermé, le personnel reclassé dans l’administration, et les membres élus par le Parlement ont été remerciés sans explication. Pour de nombreux observateurs, cette mesure s’inscrit dans une série de décisions visant à affaiblir les institutions démocratiques nées après la révolution de 2011.
Les réactions des ONG et des acteurs spécialisés
La société civile tunisienne n’a pas tardé à réagir. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a dénoncé une « violation dangereuse du droit à l’information », estimant que cette suppression ouvre la voie à une communication officielle unique, synonyme de propagande. Zied Dabbar, président du SNJT, a alerté : « On ne peut pas parler de liberté de la presse s’il n’y a pas d’accès à l’information ».
Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) y voit un choix politique assumé visant à démanteler les acquis démocratiques. Amnesty International et Human Rights Watch ont également exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils qualifient de tournant autoritaire.
L’ONG anticorruption I-Watch parle, elle, de « recul démocratique grave » et de la « démolition du dernier bastion de la transparence en Tunisie ».
Une institution essentielle à la transparence
Depuis sa création, l’INAI avait traité des milliers de demandes, contraignant les administrations à répondre aux sollicitations des citoyens et des journalistes. Elle agissait comme un contre-pouvoir indispensable, au même titre que l’Instance électorale ou celle de lutte contre la corruption, elles aussi fragilisées ces dernières années.
Une démocratie en recul
La dissolution de l’INAI intervient dans un contexte de concentration du pouvoir depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement. Depuis, plusieurs institutions indépendantes ont été affaiblies, et les libertés publiques connaissent une régression continue.
Pour les défenseurs des droits et les professionnels de l’information, cette disparition n’est pas seulement symbolique : elle marque une rupture avec les principes de transparence et de participation citoyenne qui avaient émergé après 2011. L’accès à l’information, loin d’être un luxe démocratique, est un droit fondamental et un outil de contrôle citoyen.
Prêcher le vrai pour faire le faux
Et comme le régime autoritaire de Saïed est fidèle à son double discours , il faut rappeler que selon la nouvelle Constitution tunisienne adoptée en 2022, le droit à l’information et les libertés d’opinion, d’information et d’expression sont garanties, Cette instance était composée de neuf membres issus de la société civile, des avocats, de la statistique, de la magistrature, de l’enseignement et du journalisme qui illustrent le droit de tout citoyen à réclamer une information.
