l’avocat Ahmed Souab arrêté dans le cadre d’une enquête antiterroriste!
Lundi 21 avril, les forces de sécurité tunisiennes ont procédé à l’arrestation d’Ahmed Souab, avocat et ancien magistrat du Tribunal administratif, également membre du comité de défense des personnalités poursuivies pour “complot contre la sûreté de l’État”. Son domicile a été perquisitionné avant son transfert à l’Unité nationale d’enquête sur les crimes terroristes, située dans la caserne de Bouchoucha à Tunis.
Selon Me Sami Ben Ghazi, qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux, une interdiction de visite a été prononcée à l’encontre de Souab pour une durée de 48 heures, conformément à la législation antiterroriste.
Des accusations lourdes et une vidéo controversée
D’après une source judiciaire citée par l’agence TAP, le juge d’instruction du Pôle judiciaire antiterroriste a ordonné son placement en garde à vue. Une information judiciaire a été ouverte pour “infractions terroristes et crimes de droit commun connexes”, à la suite de la diffusion d’une vidéo dans laquelle Souab, devant la Maison de l’Avocat, mimait un geste évoquant une menace à l’arme blanche, tout en critiquant le déroulement du procès en cours.
Un méga-procès sous haute tension
Ce procès, qualifié de “méga-procès”, a abouti à des condamnations allant de 4 à 66 ans de prison contre 40 personnes, dont plusieurs figures politiques, avocats, journalistes et anciens responsables sécuritaires. La majorité des accusés réside à l’étranger ; neuf sont détenus depuis février 2023. Bien que la peine de mort soit toujours inscrite dans le Code pénal tunisien, elle reste suspendue depuis 1991.
Parmi les condamnés figurent notamment Issam Chebbi (Al-Joumhouri), Jawhar Ben Mbarek (Front de salut national), Ghazi Chaouachi (ex-ministre), Ridha Belhaj (ancien chef de cabinet présidentiel), Chaïma Issa (militante), Khayam Turki (Ettakatol), Noureddine Bhiri (Ennahdha) et Kamel Eltaïef, homme d’affaires influent, condamné à 66 ans de prison.
Des critiques sur l’indépendance de la justice
Le comité de défense, dont Souab est membre, a dénoncé un procès entaché d’irrégularités, pointant l’absence de garanties fondamentales et le non-respect des normes d’un procès équitable. Des rassemblements ont été organisés par des défenseurs des droits humains pour réclamer des audiences publiques et un accès aux médias, sans succès.
Des accusations aux contours politiques
Les charges retenues incluent notamment le complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État, l’appartenance à une organisation terroriste, la provocation de troubles et de violences, ainsi que des atteintes à la sécurité alimentaire et environnementale. Certains accusés sont également soupçonnés d’avoir entretenu des “contacts suspects” avec des diplomates.
Le président Kaïs Saïed, qui avait évoqué dès février 2023 l’existence d’un complot contre l’État, a régulièrement réaffirmé son attachement à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Toutefois, le silence des autorités sur les implications de ce procès continue d’alimenter les inquiétudes.
