Le nouveau ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, issu du parti “Les Républicains” (droite modérée), a annoncé son intention de supprimer l’Aide Médicale de l’État (AME), un système de santé qui fournit gratuitement des services médicaux aux migrants en situation irrégulière résidant en France. Cette annonce a suscité un large débat au sein de la gauche, d’autant que toutes les études et rapports contredisent l’idée que ce système encourage l’immigration en France.
Le sujet de l’Aide Médicale de l’État, qui permet aux migrants en situation irrégulière de bénéficier de soins médicaux gratuits et sans conditions, est revenu au centre des débats après la nomination du politicien de droite conservatrice Bruno Retailleau en tant que ministre de l’Intérieur dans le nouveau gouvernement français dirigé par Michel Barnier.
Retailleau a immédiatement annoncé son intention de mettre fin à cet avantage médical, dont bénéficient plus de 400 000 personnes, instauré en juillet 1997 sous le gouvernement socialiste dirigé par Lionel Jospin. Dans une interview avec la chaîne française TF1, il a exprimé son souhait de revoir ce système, provoquant des réactions d’opposition à gauche, et même au sein des partis qui faisaient partie de la majorité présidentielle.
Retailleau a déclaré : « La France est l’un des pays européens qui accorde beaucoup d’avantages et d’aides sociales aux migrants. Je ne veux pas que cela devienne un facteur d’attraction pour eux. »
La droite et l’extrême droite avaient déjà demandé l’abolition de ces services médicaux gratuits sous prétexte qu’ils « encouragent l’immigration clandestine ». Lors de l’adoption de la nouvelle loi sur l’immigration début 2024, le bloc de droite au Sénat, dirigé par Bruno Retailleau, avait tenté de supprimer l’AME et de la remplacer par une aide médicale limitée aux cas d’urgence, sans succès.
Un système « qui n’encourage pas l’immigration »
Les déclarations du nouveau ministre de l’Intérieur ont suscité de nombreuses critiques, notamment à gauche. François Braun, ministre de la Santé de 2022 à 2023, a déclaré que « remettre en cause l’AME est une idée stupide, non seulement pour la santé publique, mais aussi pour le budget de l’État et le système de sécurité sociale français. »
Aurélien Rousseau, qui a occupé ce poste de juillet à décembre 2023, a également affirmé sur X (anciennement Twitter) qu’une étude sérieuse avait confirmé que l’AME n’encourageait pas l’immigration. Il a ajouté : « Pourtant, le gouvernement préfère parler de la nécessité d’abolir ce système immédiatement pour satisfaire l’extrême droite. »
Agnès Firmin-Le Bodo, qui a été ministre de la Santé pendant deux mois (de décembre 2023 à janvier 2024), a également exprimé son désaccord. Elle a déclaré à l’adresse du nouveau ministre de l’Intérieur : « Je pense que vous n’avez pas lu le rapport publié par Patrick Stefanini [ancien secrétaire général du ministère de l’Immigration sous Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012, et également directeur de campagne de François Fillon pour l’élection présidentielle de 2017] sur l’AME. Ce rapport a clairement indiqué que ce système est lié à la santé publique et n’encourage pas l’immigration. »
Des divisions au sein du gouvernement
L’enquête menée par Patrick Stefanini avec d’autres personnalités politiques, dont l’ancien ministre socialiste des Affaires sociales Claude Évin, a montré que « l’AME n’est pas le principal facteur d’attraction des migrants vers la France. »
Une étude menée par l’Institut national de la recherche sociale en février 2022 a révélé que seulement 9,5 % des migrants en situation irrégulière avaient déclaré être venus en France pour bénéficier de soins médicaux gratuits.
Florence Rigal, présidente de l’organisation Médecins du Monde, a déclaré dans une interview avec le journal *Le Parisien* en mars 2023 que « seulement 49 % des migrants en situation irrégulière bénéficient de ces services gratuits. »
Sur le plan politique, il y a des craintes que Bruno Retailleau ne provoque de profondes divisions au sein du gouvernement et affaiblisse l’alliance politique entre le parti « Les Républicains » et celui du président Macron. Pour sa part, le nouveau Premier ministre Michel Barnier a affirmé en réponse à une question sur la possibilité de supprimer l’AME gratuite qu’« il n’y a aucun tabou ».
Le nouveau ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, arrive pour assister à sa première réunion hebdomadaire du Conseil des ministres du nouveau gouvernement au palais de l’Élysée à Paris, France – REUTERS
